« Le chaos | Page d'accueil | File »
23.04.2008
Bucolique
Je ne suis pas méchante. C’est lamentable à quel point je ne le suis pas.
Et pas maligne, forcément. Même pas maligne, non, dans le sens « même pas intelligente ». Pas totalement mongole, genre je sais compter mais pas brillante. Donc même pas méchante non plus, alors que ça compenserait, mais c’est qu’il faut être un peu brillant pour être un minimum méchant, avec brillance, style, c'est-à-dire humour, c'est-à-dire pas pour de vrai vrai, pirouettes à n’en plus finir et tant va la cruche à l’eau…
Je me fais pitié. Si si. Je m’étale en public, là, et je n’en récolte même pas quoi que ce soit, rien, forcément.
On en vient seulement à ne plus me trouver ni mignonne ni amusante. Les illusions des débuts s’écroulent. Badaboum. Juste chiante.
On en vient à m’en parler comme à une chose asexuée juste moche.
Bon, ok, tant pis… au moins, comme ça, c’est clair…
Bah soyons frères, alors ?
Tiens, cela sonnerait presque comme une vacherie, ce que je viens de sortir là, si je le plaçais clairement dans le bon contexte de façon à ce que la personne à laquelle je pense en écrivant cela puisse comprendre que cela s’adresse à elle. Mais cette personne est maligne, elle, dans le sens « intelligente » donc elle devrait pouvoir se débrouiller toute seule et au final, en revenir à sa chère et tendre conclusion que je ne suis qu’une chieuse.
Vu que je ne suis ni méchante ni maligne, cela m’amuse.
Je suis telle une truie qui aurait, au petit matin, à l’heure de sortir de sa porcherie, à l’aube pointante, les petits oiseaux, la brume, tout ça, trouvé son enclos rompus par quelques coups du sort et qui se serait aventurée par la brèche ainsi faite et qui s’en irait ainsi, insouciante, s’enfonçant de plus en plus loin dans la forêt, allant fourrager de son gros groin morveux le sol boueux des sous-bois pour y chercher une pitance qu’elle ne serait même pas foutue de trouver, vu qu’elle aurait un peu été élevée au biberon dans du coton par un fermier qui pensait, en la nourrissant généreusement ainsi : « Quelle belle reproductrice qu’elle va faire et dans 4 ou 5 ans, quand elle commencera à être un peu usée mais pas trop, oh ! L’beau jambon qu’ça fera et les saucisses ! J’vous dis que ça ! Tette ma puce, tette ma p’tiotte ! Vas-y ! C’est de bon cœur que je prends soin de toi, t’sais ! Si si ! Je t’aime bien ! Continue comme ça, engraisse bien ma jolie, t’es mignonne tout plein, va ! Si tu savais ce que je t’aime bien ! » et donc, truie devenue grande, le coup du sort, la brèche, la forêt, tout ça, pas foutue de trouver sa pitance, elle continuerait d’aller, le groin au vent, le ventre se vidant, vu qu’elle fuit, la faim la creusant mais oublieuse, dans sa petite tête creuse plus la trace d’une ferme derrière elle et ce con de fermier peut toujours pleurer, elle n’est qu’une truie alors s’en souvenir, de ce brave homme, bah non, on ne peut pas faire du jambon et avoir une mémoire tout à la fois, non, entre les deux il faut choisir.
Ah, d’ailleurs ! Choisir ! Diable ! Une truie ! Allez demander à une truie de choisir, voyons ! Et se décider entre deux sentiers, pendant que vous y êtes ? Et entre gland et patate, il faudrait qu’elle choisisse ? Quand elle ne rêve que de tout enfourner, voyons ! Allez demander du discernement à une truie, allons ! Et entre deux sentiers, bah non, elle file droit, hop ! Dans les fourrés, les ronces, elle s’en fout, elle n’est qu’une truie insouciante qui fait du jambon… Ah mais non ! Pardon ! Elle a arrêté vu qu’elle doit trouver maintenant seule sa pitance et qu’elle a du mal, conne, donc plus de jambon, cette ascète ! Chieuse ! Vache maigre ! Mais quelle chieuse ! Egoïste.
Voilà, en gros, le portrait de la jolie truie toute rose, qui va filant, bientôt plus que la peau sur les os mais on s’en fout, une truie…
Voilà, pas méchante pour deux sous, moi.
Ni méchante ni maligne mais je n’ai pas à me plaindre, je peux même carrément me réjouir et me vanter d’avoir une juste opinion de moi-même.
Hum. Bon, ok, j’exagère.
C’est que je tremble un peu, dans cette forêt.
J’entends tout autour nombreuses voix, pas bien identifiées, c’est brouillé, éparpillé, y en a de partout et ça discourt fort et ça emphase brillamment et ça disserte vivement, à double ou triple allure. C‘est que je n’en comprends qu’une phrase sur deux, quand on daigne articuler. Pas maligne, forcément. Je m’instruis, remarque, c’est toujours ça de pris, une phrase sur deux.
13:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : truie, cochon, forêt, blabla de fille
Commentaires
Quel talent !
J'ai l'impression de boire à une fontaine rafraîchissante...
Je crois que tu vaux mieux que ce que tu dis...
Il m'arrive d'être méchante avec délectation ! Même machiavélique, mais toujours pour la bonne cause, sois-en assurée...
Et parfois, je suis d'une bêtise "crasse" et je perds des occasions de me taire...
Ecrit par : Vanille (ravie) | 02.05.2008
Ecrire un commentaire