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11.05.2008

L'ILYS effect

L'ILYS effect

Samedi 3 mai, vers 19h (je m'étais un peu jurée de ne plus faire ici tant dans la note autobiographique mais bon...).
Je m'installe sur le parvis de la cathédrale. J'ai monté les marches quinquacentenaires. Me voilà posée face à Saint François de Salles, lui tout doré, perché au creux d'une niche ménagée dans le mur de la maison d'en face.
J'enlève mes chaussures parce qu'il fait chaud en cette fin d'après-midi printanière.
Assise sur un banc étroit, un pli, un bourlet maigre de la façade, adossée à toute la cathédrale, elle tient le choc.
Mes ongles rayent le sol.

Depuis que je suis sortie de chez moi un peu plus tôt, depuis que j'ai vu mon ombre à mes pieds car, oui, à ce moment, à un moment, c'est tout le soleil que j'avais dans le dos, depuis que j'ai particulièrement remarqué l'ombre de mes bras le long de mon corps, que je leur ai sans doute trouvé un je ne sais quoi de meurtrier... l'effet de certaines hormones sans doute, d'un peu trop de caféine, d'une certaine frustration généralisée (mais vraiment très très généralisée)... Ah! Et j'avais sorti les lunettes de soleil pour la première fois de l'année, peut-être alors de vagues réminiscences de film style Matrix ou Pulp Fiction, quand bien même mes lunettes font plus John Lennon et sale hippie que tueur à gage... Depuis que me voilà sortie, donc, en route pour le centre ville, en route pour aller m'acheter du détranspirant... Oui, faisons un peu dans le réalisme tranchant une seconde, c'est l'occasion, si les filles ont toujours des airs tout joli tout frais, c'est non sans user de certains subterfuges, bien entendu, ces traitresses...En route donc pour la grande galerie commerciale près de la gare, voilà que je me sens des ongles longs comme des griffes de X-woman, des griffes du genre en titane, fines, à peine incurvées, un rien pesante mais somme toute fort maniables.

Et je suis là sur le parvis d'une église du 16ème siècle à écrire ces conneries, en chaussettes - rayées multicolores à dominantes orange, les chaussettes ; confortable comme dans mon salon et voilà que mon sac siffle : mon téléphone et sa sonnerie champêtre me signale que je suis invitée ce soir à un "truc" dans un "local" (de répèt', on l'aura compris; tiens, c'est bien la première fois dans cette ville) et donc je me sens des griffes longues et affilées, tant qu'elles en rayent le sol.
Alors que je marchais, je les sentais presque parcourir chaque détail du trottoir - sale le trottoir, forcément, "on est en France, quoi, merde!", comme dirait l'une de mes chanteuses préférée, mini blonde Ô combien plus canon que moi...

Nadj - by fred lefranc
Nadj

... bref, le trottoir, donc, maculé de merdes et crachats divers.

Et je me sentais en grande forme.
D'un geste presque infime de l'un de mes doigts, j'aurais pu transpercer la gorge de n'importe quel connard, ces types en casquette à l'envers ou avec plein de gel dans les cheveux ou les deux, en marcel ou jogging ou toute autre tenue si saillante à leur esprit de beauf', qui machouillent leur chewing-gum la gueule ouverte en gonflant leur torse velu, en discutant du dernier match de foot vu à la télé et en roulant des œillades à toutes les pétasses en string - avec des trucs par dessus leur string, quand même, mais en string ou peut-être, vu qu'après tout je n'y vois rien à rien, peut-être plutôt en slip en dentelles affriolantes rouge vermillon, ou noir pour essayer de faire un peu classe, mais en string quand même à la fin vais-je maintenir, histoire de traduire l'esprit "Regarde comme je suis baisable" qu'elles affichent criardement, toutes avec les mêmes couleurs de cheveux, les mêmes mèches blondes et certaines jusqu'en leggings par dessus leur mini jupe histoire de bien mettre en valeur leurs jambes boudinées...
Pardon, les hormones, vous savez...

Enfin presque, j'aurais pu, presque, transpercer la gorge de... Déjà, il aurait fallu que je daigne bien vouloir révéler, à la face de ce monde galleux, l'infinitude de mes pouvoirs, et bien sûr, il aurait fallu que je sois dans un film et non dans la réalité où, d'un geste presque infime de l'un de mes doigts je ne peux que me gratter le nez ou le menton.
A la rigueur, la joue.
Mais, somme toute, je me sentais en grande forme.
Enfin, tout de même, parce que je suis gentille dans le fond, j'ai tenté d'appliquer sur mon visage un petit sourire gentil, histoire de ne pas trop risquer de faire peur aux enfants qui auraient eu la mauvaise idée de croiser mon regard, même derrière des lunettes teintées, oui, les enfants ont parfois des yeux redoutables, perceurs de coffre, il faut se méfier et quand bien même je pouvais me cacher un peu derrière mes longs cheveux volant aux vent, un peu comme Maynard dans le clip de 3 Libras, quand bien même, il valait mieux se méfier.
Petit sourire gentil, donc mais, vu ma grande forme, conquérant quand même.
C'est fou le nombre d'œillades de beauf' que j'ai récoltées, pardon, très très malgré moi, ça m'en a encore mis en plus grande forme, je ne vous dis que ça.

Et à présent je peux contempler paisiblement le ballet des hirondelles, haut dans l'azur.
Quoi que, "dans" l'azur, pas exactement. Quand bien même haut, leur ballet n'en reste pas moins bien en-dessous de l'azur. C'est que c'est haut, l'azur. Et pour tout vous dire, c'est une arnaque. Plus haut vous allez, plus vous le visez, plus vous allez le chercher, plus il fuit, s'obscurcit, traître lui aussi, pour finir par disparaitre complètement afin de révéler sa véritable nature d'encre sidérale.
Posée sur le parvis de ma cathédrale, car oui, ceci est ma cathédrale, ma rue, ma rue préférée, je m'y promène comme dans mon jardin, posée là encore au soleil de ce début de chaude soirée printanière, d'un geste presque infime, je dégommerais bien quand même quelques pigeons, ces chieurs de façades, ça ou faire tomber Saint-François de son perchoir, comme ça, pour le plaisir de le voir en miettes la face écrasée sur le trottoir, je vois déjà les gravas, les éclats de pierres éparpillés sur ce trottoir si français, et le mini cratère dans la face de ce trottoir si français.
Saint-François en astéroïde, moi en doigt de Dieu.
Je n'ai pourtant rien de particulier contre Saint François. Ce François devait sans aucun doute être un bien brave personnage.
Et cette statue pourrait aussi bien être celle de la Vierge que mon envie n'en serait pas moindre, alors que je n'ai rien de particulier contre elle non plus, cette femme aussi dût être une bien brave dame.
Non mais moi et les idolâtries, en gros, pardon, voilà...

A l'intérieur, c'est messe time. J'entends l'orgue, des chants.
Ah oui! Voilà, j'y viens!
Ce que je voulais surtout poser en mots, la pensée qui m'est venue en tout premier et dont découla probablement l'imagerie des griffes en titane, idée qui me vint probablement à la vue de quelques couples se promenant tous collés, c'est que nous vivons en monogamie.
Nous vivons en monogamie comme nous vivions à une époque lointaine en chrétienté et comme nous vivons aujourd'hui, comme certains le disent encore, en démocratie. C'est à dire, "officiellement".
Et moi, voilà, à cette pensée, ma nature de petite rebelle s'est éveillée. Je ne vais même pas me donner la peine d'expliquer, de développer, d'argumenter... Bah non.

Et tout ce vilain fatras, là, ce n'est pas que je sois en train de devenir méchante, non, c'est juste que, femme, donc faible, je suis influençable.
Il y a 3 semaines environ que j'ai découvert et me suis mise à la lecture assidue du vilain coquin lubrique ILYS ("coquin lubrique", ce n'est pas de moi mais d'un commentaire lu là-bas).
Seulement trois semaines et déjà, je me trouve contaminée. Imaginez dans un 1 mois, 1 an, où j'en serai...
"Contaminée", dis-je, car oui, une preuve parfaitement irréfutable arrive : moins de deux heures après être rentrée chez moi ce soir-là, alors que je m'apprêtais à me rendre à ce "truc" dans ce "local" (où je bus environ 20 cl de cidre et mangeai environ 30 g de chocolat avant d'aller me coucher vers minuit, seule... un samedi grand classique, quoi), je consultai une dernière fois la bête en question, vers 21h15, et j'y découvris ceci:

ilys

Ca illustre vachement bien et pour moi, il n'y a pas de hasard, non. Bon, je suis vachement moins canon, je ne suis pas maigre, mon froc couvre toujours l'entièreté de mes jambes, j'avais une chemise par dessus le débardeur, des lunettes faisant donc d'avantage John Lennon que Yoko Ono, et, oui, j'étais vachement moins asiatique, aussi. Ah! Et je portais des converses, c'est vachement moins casse gueule quand il s'agit de manier des machins pareils.

Promis juré, réalisé sans trucage (avec juste de l'affinage et de l'allongement le dimanche 4 mai, suivis de beaucoup de lenteurs de publications).

Et comme mon titre m'interpelait, "l'ILYS", lilys... ça m'a amusé de chercher des illustrations potentielles en rapport, google m'a d'ailleurs menée à cela:

Madonna of the Lilys - Mucha

Voilà, pour bien montrer que je suis quand même toujours à fond dans le bucolique doux gentil...
Et repartant de Mucha, je suis arrivée à ça:

Modelling for Mucha

C'est un petit cadeau pour l'équipe d'ILYS.
Ils ne manqueront pas, je men doute, de bloquer sur les poils.
Ca m'amuse, moi et mon goût pour le réalisme tranchant.

Commentaires

Jolie plume légère, Sidonie... et puis vous m'avez fait découvrir Nadj, c'est pas mal... très bien même... beaucoup. Et moi, perso, je ne fais pas partie de l'"équipe d'Ilys"... mais je ne bloque pas sur les poils... et j'aime beaucoup Mucha... c'est en résonance avec l'Herbe que je fume en ce moment... et avec Edgar Poe, comme je le signalais justement chez "Ilys"... Le style "Belle Epoque" c'est du psychédélisme avant l'heure...

Bien à Vous...

@)>-->--->---

Ecrit par : Nebo | 12.05.2008

tiens ! les nénettes avec le string en vitrine, ça me fait le même effet :)) ou plutôt.. la même pensée :)
ah oui ! jolie "hollister 33" on n'en rêve toute !... mais ta plume est sans aucun doute une beauté sans sillicone !
bonne journée Sid !

Ecrit par : sev | 14.05.2008

Je te l'ai déjà dit tout a l'heure en direct, mais je voulais te l'écrire ici... merci pour ce voyage dans tes pensées, dans ton feeling... dans un univers qui est le tien... il se passe plein de choses dans ta note et en mm temps pas grand chose. Mais on n'arrive à la savourer qu'en prenant bien le temps de la lire... Le temps... c'est ce qui nous manque à tous, toujours à courir après on ne sait mm plus quoi... courir... mais il ne faut pas courir pour déguster tes mots, tes phrases, tes métaphores, tes colères sourdes, tes peurs.... tu arrives à nous emmener dans des sentiers différents, durs ou fous, et on se laisse prendre. On n'a juste envie que tu nous tiennes la main. Oui, juste un peu la main... Et on se laisse aller... on aime çà. Oui, j'aime ce voyage...
Et tes liens.... !!!!

Ecrit par : Ibid Norio | 15.05.2008

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