29.06.2009

La chasse aux zombies

Les arbres dégouttaient de sang. Il avait plu dru à la fin de la nuit. A présent, une brume moite montait de la terre gorgée. Le paysage devenait mauve sous le soleil levant. Une odeur de brûlé flottait. Il faisait bon.
On n'en aurait jamais trop. Les cadavres, exquis, abreuvés, revigorés, peupleraient la forêt encore longtemps. La chasse continuerait. Un arc et des flèches sont légers à porter, tout aussi légère est la joie qui vous saisit lorsqu'une de vos pointes s'enfonce dans ces chairs molles et blanches. Si blanches. Bientôt, le sang perle. On coupe et voilà qu'il dégueule. On en veut plein les doigts, on ne peut s'empêcher de s'en peindre le visage, en riant. La vie se renforce à son contact, au contact de cette mort liquide. Les paradoxes. Les paradoxes ambulants.
Il faut chasser. On ne peut les laisser pulluler. Il faut chasser. Appeler à la chasse, en tambour. Seul ou avec le clan, il faut chasser.
Ils sont dénudés, ils sont pâles et sveltes, finement musclés, ils ont des yeux d'animaux pris dans les phares. Ils sont adorables, ils font de si gentilles proies, ils meurent si facilement. L'enchantement se défait dès qu'une première pointe les atteint. Ils peuvent continuer à courir encore un peu, on peut insister encore un peu, percer d'avantage, faire gicler, ils tomberont bientôt quoi qu'il en soit. Il faut en profiter. Répandre leur sang, pour la fertilité de la terre.
Faire de ces mauvais enchantements une bénédiction.
Reprendre à notre compte les vieilles coutumes.
Réapprendre à forger des lames.
Courir, l'arc à la main, viser et faire mouche.
Honorer sa proie.
Ne pas regarder en arrière.
Il faut chasser, seul ou avec le clan. Appeler à la chasse, en tambour. Il faut chasser. 

Mon front est profondément ouvert. Dans mon empressement, ma lame s'est égarée là, elle a tracé un joli sillon bien large et net, un horizon sanglant. On a parfois de ces emportements... On est occupé à dépecer quelque chose, la sueur nous tombe des sourcils, on veut s'éponger et voilà dans quels états on se met.
On se trouve plus en harmonie encore avec le tableau.
Il n'y a qu'à laisser sécher. Un peu d'onguent suffira à tout refermer. Et ce n'est pas mauvais pour la vision, l'œil intérieur, le plus grand, le plus perçant. Voilà que je veux mieux voir, je verrai mieux. Nos mains nous devancent. Nous sommes nos meilleurs serviteurs.
Rage ou bien calme, nos humeurs nous guident vers notre destin, plus assurément qu'un devin.
Je veux être un furieux, qu'on ne vienne pas à moi plein de sourires mielleux et de caresses puantes. Que ceux qui s'approchent soient d'acier et de feu, que leur parole soit la masse qui assomme le taureau et brise le roc. Je n'ai que faire des regards biaisés et des profiteurs. Je veux des hommes forts et dignes qui savent faire valoir leur force face au danger, se reposer calme au coin de l'âtre, s'abreuver sans polluer la source et avoir faim sans gémir quand ils n'ont rien.
S'abreuver sans polluer la source. Appeler à la chasse, en tambour.
Et de la dignité. Brulé et stoïque, renvoyer la glace à l'affront, mordre comme tout un glacier si cela ne suffit.
Et le vent. Souffler et purifier. Souffler et purifier. Arracher les cornes. Arracher les cornes. Endiabler les danses.
Il y a bien une place pour les jupons là-dedans mais je ne l'ai pas encore trouvée. Ils passent, je les frôle, sans une caresse. Il ne faut pas se perdre en tentatives infructueuses. Quand je la verrai, je saurai.
Les pères s'en sont allés sans rien nous montrer.
Ils nous ont laissé avec ces bêtes dégénérées, ces mauvais sorts de chair, ces empoisonnements dont il faut répandre le sang. On n'en est jamais trop débarrassé.
C'est un jeu infini, pour nous, les carnassiers. Un grand jeu de joie. Une joie stellaire, une voûte nocturne semée de perles qui tombent en une pluie tiède à travers la pergola...
Oui, parfois on chasse et ils finissent dans les arbres, cachés, on s'approchent, ils pendent, outres percées et alors il pleut, comme au printemps, sous les bouleaux, lorsqu'il y a une forte montée de sève, là elle descend, lourde, poisseuse, on se met en-dessous, ravi. On goûte. Les arbres dégouttent.  


  Jeudi matin, 25 juin.

23.06.2009

La burqa en France

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Marie-Antoinette
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Lady Hamilton
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Elizabeth Vigée Lebrun, 1755-1842

22.06.2009

Zen

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Eilan Mor - Flannan Islands
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Le Kéréonspaceball.gif

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spaceball.gifIsle of May
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Blackrock Mayo
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Inishtrahull
 
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Muckle Flugga
 

16.06.2009

La maison du piton

La maison est vaste mais austère. La lumière y entre à flots. Le silence y coule à travers les pièces sur les tapis comme un petit ruisseau feutré et très sûr de lui. Le matin il faut être au salon pour goûter au lever du soleil. Le soir, du balcon de la grande salle, on contemple les ricochets dorés sur la petite anse en contrebas. De partout on entend le fracas des vagues ou leur doux clapotis et le cri des macareux. Ils sont venus pondre, bientôt ils s'en iront loin, nul ne sait où.
Il n'y a guère de fleurs. Je n'y pense pas alors il n'y en a pas, c'est fort logique. En faire pousser réclamerait le lourd enchainement d'une logistique fort couteuse. Faire venir le bateau tous les deux mois donne déjà bien de la peine. On ne peut le charger de trop de bardas car après il faut tout monter soi-même au sommet du piton, par ce petit sentier escarpé et tortueux. Il fait meilleur voyager léger. Ainsi, je n'ai jamais amené jusqu'ici que quelques rosiers blancs qui survivent au climat et aux vents, tant bien que mal. Ils deviennent comme des bêtes revêches. Leur écorce s'épaissit, leurs épines poussent plus dures et plus dru. Ils sont magnifiques. Ils ont quelque chose de malingre et de fier, poussifs, ils fleurissent à grand peine, petitement mais pimpants.
Ne me demandez pas comment tout fut meublé. Cela vient des anciens propriétaires qui avaient les moyens. Ils louèrent sans doute les services de quelques marins pour porter les meubles, les tapis, la vaisselle. Quant à la construction de la demeure, elle mobilisa tout ce que pouvait soulever la nécessité d'un phare à cet endroit: beaucoup d'ingénierie, de muscle, de dévotion, en somme une abnégation aigüe et tranchante qui ne souffre aucun mollissement, supporte tous les retards imposés par la grande mer, regarde les hommes tomber et, placidement, les remplace.
Ici, je suis la fourmi qui loge au creux d'une fissure de la muraille du château. Je m'y sens fort modeste tout autant que fière et tranquille de m'être trouvée une si bonne place. L'éternelle héritière adoptive, gardienne présomptueuse et oisive, à la vie monastique, ermitière même, peu touchée, peu affamée. J'y convoque la compagnie de mon choix, sauf pour ce qui est de cet ami, que je ne veux plus, qui entre là sans que je comprenne comment.
C'est que je vous raconte la citadelle de mon crâne, mon idéale rêverie, ma retraite fantasmée. Je vous en envoie une carte postale bariolée, lourde de timbres et toute raturée de cachets postaux à l'encre rouge, d'une contrée obscure et mystérieuse dont personne n'a jamais entendu parler.
Cliché d'un esprit exilé, souffreteux et vaguement hypocondriaque, malade d'un manque d'air comme un enfant trop couvé, nauséeux d'un mal du pays indéfinissable. Radiographie sur le vif, aperçu à la dérobée d'une insaisissable petite bête mutante et mouvante, en mutation constante, à la forme floue, aux bords impressionnistes, au cœur naïf et aux crocs de bête furieuse.
Elle loge là, la voilà, dans cette demeure précieuse et ancienne, île au large de l'île, tout juste encore en vue d'une terre, exile, refuge, excentrée, presque exsangue d'être encore debout, résistante à tous les assauts, altière, oublieuse du cours de l'histoire et des maux des hommes, loin, là-bas.
C'est un au-delà aux fondations géologiques, l'incarnation d'un soubresaut tellurique, gigantesque et ancien comme un monstre du passé qui tendrait à travers temps, à bout de bras, l'un de ses yeux jusqu'ici, maintenant, vers vous.
Alors en cette demeure, on comprendra qu'il se passe beaucoup de choses, autant que fort peu et à peu près tout ce qui me chante avec maintes restrictions protectionnistes.
Il n'y a vraiment que cet infiltré qui me cause soucis.
Il est là, toujours, à me regarder de son air de chien battu lorsque je reviens de quelque promenade. J'ouvre la porte, je ne songe qu'à mon refuge, ouvrir la porte, entrer me réchauffer, goûter à un peu de silence et d'extrapolation, cette douce lumière du troisième pôle, et le voilà, encore incrusté, assis sur la première des trois petites marches qui font suite à la grande porte du salon.

Il se retourne au bruit que fait la porte, il me regarde entrer, il sourit faiblement, soulagé de me voir arriver.
Il est probable que ce soit moi qui l'ai laissé entrer, au début, seulement je ne m'en souviens pas alors cela me froisse, qu'il continue d'y être alors que j'ai oublié le pourquoi de sa venue.
Lui trouve tout cela normal.
"C'est toi qui m'a fait venir!", peut-il faire en souriant un peu plus, indulgent.
Et moi, je doute. Et je ne m'aime pas de douter.
Nous allumons un feu, nous nous réchauffons ensemble, les flammes crépitent, nous parlons.
Tout cela est fort laborieux.
Plus tard nous nous retrouverons peut-être ensemble, je vieillirai à ses côtés, mais bien plus tard seulement, d'ici vingt ans peut-être, après que j'aurai eu une vie, quand il aura la sienne.
Pour l'heure, jusqu'ici, il n'a été question que d'hébergement, de prêt et d'échange de parquets.

Jeu

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10.06.2009

Petit à petit

Depuis deux semaines, c'est une petite magie qui opère : je passe des heures et des heures, comme fascinée, sur Ebay, j'achète par-ci par-là de petites choses pas chères que je commence à recevoir directement dans ma boîte à lettre, je retourne un peu sur les blogs et je me dis « Je crois que je vais rester sur Ebay encore un peu ».
Hier soir, je reçus deux petites jupes mignonnes et je fus ravie. Je sautillais, j'étais gaie, je suis encore toute guillerette de cette petite merveille de technologie qui nous permet de faire les magasins à distance, ou plutôt non, de commercer avec des gens comme nous, directement de particulier à particulier, je leur envois des sous, ils mettent un vêtement soigneusement dans une enveloppe et hop! à la poste, tout cela est charmant. Ce petit commerce futile.
Il y aura sans doute quelques accrocs, parfois, quelques déceptions... Ma foi. Ce ne sera pas bien grave.

Il faut tout de même que je prenne soin de quelques autres petites choses : faire un peu de gymnastique, acheter un petit verrou pour la porte de la salle de bain de ma nouvelle résidence secondaire, mettre de côté les petites bricoles à y emmener : un peu de vaisselle, quelques serviettes, draps et torchons.
Bon, il y a aussi un frigo, une coiffeuse et un fauteuil crapaud, mais ça, il n'y a pas à y empaqueter.

Les livres lus continuent à s'empiler, c'est bien, on se prend à méditer sur la liberté des arbres, l'égalité des moucherons, tout ça... Aussi, tout de même.

06.06.2009

Journal de bord

Il est possible que je me laisse gentiment oublier.
Du côté des nouvelles, tout va bien. J'aurai toujours du travail en septembre prochain, pour un an encore. Je me mets en collocation avec une copine à Grenoble : j'ai les moyens de louer ce qui sera pour moi une « résidence secondaire », un ravissant petit 2 pièces-cuisine. Les nouvelles locataires sont ravies, je vous le dis.
C'est faire preuve d'une indéniable indécence de petite bourge privilégiée, d'une grosse absence de prévoyance et de rationalité que de se payer, par les temps qui courent, une telle fantaisie, quand bien même sensée, mais voilà, c'est comme ça, il faut que je le fasse ou je vais m'endormir.
Annecy me laisse assez froide en ce moment.
Un temps énorme passe sans que je puisse voir d'anciens « potes », ils disparaissent de mes radars, je perds le contact, ne sais l'entretenir, tout passe et je n'ai plus l'énergie pour courir partout après eux.
Et mon téléphone reste, globalement, calmement silencieux.
Ainsi, le peu d'hommes qui posèrent leurs mains sur moi n'ont jamais fait de bien grands efforts pour me retenir.
Je m'interroge: pas assez jolie? Trop étrange? Trop « sombre »? Trop dépressive? Trop peu – euh - « sportive »? Trop austère?
Austère, oui, et triste.
J'aimerais beaucoup qu'on puisse m'éclairer sur la question.
Il se pourrait qu'une affreuse vieille tristesse, comme une masse de plomb froid vissée au fond de mes tripes me rende indécrotablement effrayante.
Je la vois bien sur certaines photos. J'ai beau sourire, elle perce.
Pourtant, « on dirait que tu as plein de douceur en toi et que tu ne sais pas quoi en faire », m'avait dit quelqu'un à la fin de l'année dernière.
C'était encourageant.
J'aimerais creuser dans cette direction.
En écoutant Puscifer et en buvant une Desperado.
J'ai passé tout l'après-midi sur Ebay.
C'est un peu lamentable.
A moins que cela ne m'amène à porter parfois des robes, ou des jupes, et autre chose que des baskets.
Oui, ce serait bien, je crois.
Sur ce, on passe à une Adel Scott.
Et franchement, qu'aimeriez-vous que je vous raconte d'autre?
La résidence secondaire grenobloise sera meublée le weekend prochain.
Ah oui, j'ai mal à une hanche, depuis la folle journée de prospection qui nous mena à la découverte de ce petit joyaux.
Nous marchâmes beaucoup, loin, longtemps, à toute allure pendant des heures et voilà.
Le lendemain, je boitais.
Depuis, la douleur revient après une marche d'une demie-heure.
Je pourrais y voir un « mauvais » signe.
Je me contenterai d'y voir le signe que des choses bougent, que tout ne se fait pas sans peine, qu'il serait bon que j'aille voir un médecin, un kiné, un podologue, que l'heure tourne. Les aiguilles rouillent un peu, leur tic-tac se fait moins discret.

Samedi 6 juin 2009, 20h.

01.06.2009

Bouteille à la mer

Annonce sérieuse pour : Paris, juillet, feu d'artifice, bière, café, vermouth, chasse au Michael Lonsdale à Saint-Sulpice, flânerie au Palais Royal, descente au Starbucks, concert, bruit, causerie, papotage.

(Mail: voir l'à propos)

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