31.07.2009

A son aise

Soirée, mondanités. Un homme et une femme se retrouvent malenconctreusement seuls, assis face à face, dans un salon soudain vidé de tout autre convive.
Après un silence embarassé:
- J'aime pas comment tu t'es habillée.
- Ah.
- J'ai l'impression que t'es toute nue. C'est perturbant.
- Pourtant, ça, c'est... Du tissus, dit-elle en pinçant sa jupe entre deux doigts.
Il détourne la tête. Elle porte un débardeur moulant à fines bretelles et une jupe à volants très évasée qui lui arrive sous le genou.
- Mais on voit trop de peau. Et ton soutien-gorge dépasse.
Elle baisse la tête pour regarder l'endroit désigné : une fine bande de tissu d'environ 4cm de long sur 1/2cm de large.
- Ah oui, tiens! T'as l'oeil.
- On ne voit que ça. C'est fait exprès?
- Bah oui. En général, on le fait exprès. De s'habiller. Pour pas être tout nu. Justement.
Il garde une mine désaprobatrice.
- Ecoute, ce débardeur est parfaitement opaque, vu la taille de ma poitrine on n'y voit pas l'ombre d'un décoletté plongeant, cette jupe n'est ni transparente, ni moulante, ni courte. C'est très sage, tout ça. J'ai même un soutien-gorge, c'est dire! Je suis très correcte. C'est toi qu'es tordu.
Tu fais une fixation. Sur la peau.
Tu voudrais quoi? Que j'aille me chercher une nappe? Pour me faire un cache-peau?
Une burqa?
- Non, je continuerais à voir tes yeux. C'est pas la peine.
Sur ce il se lève et part, sans un regard en arrière, se chercher une bière à la cuisine.

Sirène

Le cœur est véritablement un océan. Des amoures peuvent y voguer fièrement, y flotter entre deux eaux ou bien couler, disparaître tout au fond, telles des citées sous-marines oubliées, scintillant en paix.
Par en-dessus il houle tranquillement ou bien rage, par en-dessous les courants règlent - imperturbables, la vie de créatures mythiques.
Et puis, à bien y regarder, il finit par nous engloutir aussi, tout gonflé il part de nous comme un ruisseau de sa source, il n'est plus vraiment en nous, il nous prend à revers, au plexus, nous coupe en travers comme un horizon.
A présent il nous berce, clapote à nos oreilles et s'étend sur des miles et des miles devant nous. Nos bras se posent sur ses vaguelettes, nos pieds tiennent sur un récif.
Non loin, une plage.

19.07.2009

News letter

Vendredi matin 17 juillet, au volant de la petite voiture de location, en route pour Charleville-Mézières, mon visage trop net dans le petit miroir du pare-soleil, mal dormi, sale gueule, peau de merde.
Objet de préoccupation majeur ces jours et cette nuit: le couple, bête moribonde.
Chez mon père, à Givet, depuis mercredi, pour encore un jour.
Mes parents, séparés, ne se sont pas vus depuis plus de 16 ans.
Et ma sœur enceinte... No comment.

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Et unetelle, vieille connaissance perdue de vue, en fait, son mari la battait, maintenant sa fille aînée de 14 ans lui fait la guerre. Ah.
Tout couple d'apparence unie et harmonieuse me rend suspicieuse : je le regarde et me demande combien de temps il va encore tenir.
Pourtant, parfois, on tombe sur des rocs et on doit se rendre à l'évidence: ceux-là finiront leur vie ensemble. Ca existe encore. Mais des couples qui se forment aujourd'hui, y en aura-t-il seulement un pour se sédimenter à ce point? Et pour se métamorphiser? Et atteindre le seuil de résistance et de beauté du marbre? De la montagne ? Socle de champs fertiles, lit d'une longue descendance?
Ces couples toujours soudés après 30 ou 40 ans de mariage, et pas fossilisés, non, encore vifs, l'éclat amoureux chatoyant encore au fond du regard, me font l'effet des yeux du cancéreux en phase terminale, des yeux vifs, grands, ouverts et lucides, bleu roi, jusqu'à la mort.
La traine de la marié. Après eux, plus rien. Après eux, le couple aura fini de passer, de passer de mode, d'imploser, d'exister.
Le couple, bête moribonde.
Le couple, plante délicate, à nourrir avec soin, un soin quotidien, sans cesse renouvelé, un investissement de chaque instant.
Jadis, on se mariait et il n'y avait pas de retour en arrière possible. On savait que ce serait là la personne avec laquelle on passerait le restant de ces jours. Si l'on avait deux sous de bon sens, on prenait soin de ne pas faire de sa vie un enfer, on respectait certaines règles, on faisait certains efforts de savoir-vivre, on avait des attentions.
On faisait un choix à un moment donné puis on assumait.
A présent, non, plus du tout.
On essaye ceci, cela. Cela ne marche jamais aussi bien qu'on l'espérait. Ah. Alors arrête, on change. On peut, alors pourquoi s'en priver?
On peut aussi se faire des mèches rouges, bleues ou jaune, pourquoi s'en priver? "Oh, tu serais mieux en brune, je crois, tu devrais essayer, tu le vaux bien".
A ce rythme, on fini le cheveux ruiné, voir chauve.
Et on l'aura bien mérité.


Allons, en route pour Charleville, une petite heure de trajet depuis Givet, à travers la pointe des Ardennes, toute de verdoyantes collines, la vallée de la Meuse serpentante. On grimpe, on redescend, on traverse des forêts comme dans le Jura, fougères, sapins, et même myrtilles. Dans ces bois, on peut chasser à la voiture. Il suffit d'équiper son véhicule d'un pare-choc bricolé façon blindé, de rouler à bonne allure, la nuit, et de ramasser ce qui tombe.
Et des castors reviennent sur les berges du fleuve.
Mais pour l'heure remontons-le, ce fleuve, allons, à Charleville. Sur sa berge, le parking gratuit place de l'agriculture. Marchons vers le Musée Rimbaud, installé dans un ancien moulin. On passe à côté d'un sex-shop, plus loin un night club. En face du musée: un bar, le Bombadil.

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Sur la Place Ducale très vide, je fais la touriste pour de bon et une photo du manège.
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Après une petite flânerie, déjeuner au Rimbaud, j'avale une salade Rimbaud, avec jambon cru, face à mon père et à une reproduction du fameux "coin de table". Dans une boutique de posters et encadrements, je m'arrête sur une reproduction du Serpent d'Eau II, de Klimt, mais partielle,
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et devant une reproduction collée sur bois, en vitrine, un Frances Macdonald que je prends pour un Mackintosh.
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Puis retour au musée, entrée 4 euros pour visiter 2 petites salles où s'étalent quelques grands portraits, quelques reproductions de ceci, des fac-similés de cela, la malle ayant appartenue à l'homme, ses couverts, un atlas ayant appartenu à la famille, les reproductions de deux ou trois photos prises en Afrique, très mauvaises, le visage comme une tache floue. Ma préférence ira au croquis signé Cocteau.
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Dans 100 ou 500 ans il pourrait bien y en avoir pour douter qu’il ait jamais existé, le grand homme.


Et puis aujourd'hui, une femme peut aussi rester célibataire. Cela se voyait peu, "jadis". Cela était difficilement réalisable, "jadis". Aujourd'hui c'est possible, alors pourquoi s'en priver?
Je ne sais plus du tout où j'en suis.
Si "mystérieuse" et insaisissable, si instable et indécise.
Je suis capable de conserver un job pendant plus d'un an, bientôt pendant plus de deux. L'année prochaine on me guidera tout de même gentiment vers la porte.
Nos profs nous avaient prévenus, dès le collège, que contrairement à nos parents, nous ne pourrions conserver un emploi toute une vie.
Le couple, le travail, le bâtiment. On ne bâtit plus rien "pour durer". On se préoccupe de modernité, de rupture avec le passé, de look futuriste, verre et béton, ça s'effrite, ça surchauffe vite.
Il faut revenir aux bases, économies d'énergies, harmonie avec l'environnement.
Les anciens ne construisaient pas en zone inondable, on ne se demande plus pourquoi.


Samedi matin, promenade dans le petit Givet.
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La Houille
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Les anciens étaient plus malins mais leurs villes en bord de fleuve connaissaient tout de même bien des inondations.
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Mon père me montre les traces de la dernière mémorable, en 1995. Les murs à moitié dégrisés.
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Et là, rue Chanzy, au débouché de la place de la République, des impacts de balles, vestiges de 1914, la pierre de taille mâchouillée, des trous dont certains si profonds qu'on en voit pas le fond.
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On imagine son ventre là, tous ces impacts à bonne hauteur, jambe, torse, tête, des français tirent depuis l'autre berge, ils ont fait sauter le pont, ils tentent d'arrêter l'avancée allemande, on voit des corps couchés dans la rue.
Et puis, une guerre plus tard, des bribes d'histoires de résistance, un oncle chef des maquisards. Ah! On peut gonfler le torse ! Enfin, un peu. Car ces hommes, au départ, ne se cachaient dans les bois pas tant pour combattre que pour échapper au travail forcé en Allemagne. Mais bon, résistance, quoi. Le recours au forêt, tout ça.
Maintenant, les allemands sont nos amis. Le fort de Charlemont peut retourner à la friche.
L'armée perd ses bases comme une veille ses dents.
Ici quelqu'un m'explique qu'à côté des soldats américains, les soldats français passent pour des scouts, à camper dans des tentes quand les américains... Merde, engraissent comme des porcs au macdo dans leurs bases suréquipées et là quelqu'un d'autre, Dantec, étale combien la gendarmerie brille de tous ces feux exorbitants à côté de la police rongée aux mites.
Dantec étale bien des choses d'ailleurs. Entamé Villa Vortex dans le TGV Paris-Charleville, à côté d'une large mère et de sa gosse de 3 ans qui enfournaient un sandwich au saucisson. La chaleur en mêlait les effluves grasses à d'autres de jus d'orange ou de déodorant pendant que dans une zone industrielle, un cadavre mutilé se décomposait dans un sac poubelle, sur plusieurs dizaines de pages et de kilomètres défilant à toute allure. Vagues de légères nausées. Je lis très absorbée, l'air de rien, avec la mâchoire comme posée vraiment l'air de rien sur mon poing serré, quand il est, moins qu'un reposoir, d'avantage un paravent tout propre et frais collé à mon nez pour tenter de protéger mes narines délicates de l'assaut écœurant. Et dans le car jusqu'à Givet, une heure et demi de tortillons par tous les petits patelins en bord de Meuse qui tourne et vire vraiment beaucoup sous le soleil, dans la chaleur d'une nouvelle attaque inédite de l'alliance des déodorants de minets et d'eau de toilette de grand-mères, de la radio et du MP3 d'un petit con d'amateur de hip-hop à quelques sièges de moi, avec toujours ce cadavre de fillette qui s'étale de tout le long de ses membres hachés.
Oh, je me change en chochotte. C'est l'âge, sans doute.


Alors les manuels expliquent que le couple se nourrit d'exclusivité et en règle générale, cela semble vrai. Certes. Mais quand certaines voix reprennent en chœur ce refrain aussi vieux, tanné et battu qu'un manteau de ranger de la Terre du Milieu, quand ces voix, donc, reprennent haut ce refrain de l'exclusivité, avec force lyrisme... Hum. Je ne sais pas trop pourquoi, cela m'énerve, cette exclusivité qui, brandie haute et pure sur son piédestal façon Jeanne d'Arc, en vient à prendre des goûts d'autarcie, de nombrilisme. On se consacre avec dévotion à l'autre. Certes, ça a du bon, la fascination : les autres peuvent bien crever, hof, il me restera toujours Toi, ô, joie ! Le couple, du moins à mes yeux, n'est alors pas le feu dans l'âtre d'un foyer chaleureux et accueillant, c'est une flamme qu'on vénère jalousement dans une chambre borgne et close.
Comme la bête moribonde se cache pour mourir...
Enfin ce que j'en dis... Vu ce que j’en sais…


Jeudi, déjeuner au restaurant à Vireux-Molhain, chez Adrienne.
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Poulet fermier à l'estragon. A peine besoin d'un couteau, la chair se détache toute seule. Et du gratin dauphinois en très bonne et due forme. La patronne à la retraite travaille toujours un peu.
Entre un grand gaillard barbu aux allures de vieux loups de mers, des mains comme des battoirs, un vieil habitué, il reste au comptoir. L’établissement ne fait plus bar mais accueille toujours tout le monde, même juste pour un demi. Ca discute: et qu'est-ce qu'il fait, ce monsieur bientôt à la retraite, s'enquiert mon père? "Moi? Je tiens un rade!". Il s'était fait émanciper, à 19 ans, pour se mettre à son compte et commencer à travailler dès le lendemain de son mariage. Quarante ans plus tard, le rade, quelque part dans le rethellois, sera bientôt vendu à un auvergnat.
Après le repas, petit tour jusqu'au vestige d'un camp romain fortifié datant du IIIème siècle.
Ils étaient allés bien loin, ces romains, avant l'effondrement.
Pas jusqu'à la Lune, mais tout juste.


Le mercredi après-midi, peu après mon arrivée, nous allons voir l'une de mes tantes, qui travaille non loin de chez mon père. Mon père qui a loué une voiture pour le lendemain, qu'on puisse aller et venir pendant deux jours. Ma tante qui avait offert qu'on emprunte sa voiture, plutôt que de dépenser tous nos sous.
Alors mon père se fait rabrouer par la tante. Moi, je ne dis rien. Je me sens l'air très niaise. Dans ce petit bureau, avec ces deux personnes que je vois si rarement depuis des années, je ne suis que la fille de, la nièce de. Une vraie gosse, environ 8 ans d’âge mental. Des bouts de mon cerveau ne grandiront jamais, j'en ai bien peur.
Puis on va boire un verre dans un bar au bord de la Meuse. Un demi chacun. La Jupiler n'est pas mauvaise du tout. En partant, on salue le patron, il nous sert la main, il écrase à moitié la mienne. "Bah, il a fait du rugby, alors...", m’explique mon père.
Voilà, on rentre diner. Spaghettis sauce tomate. Je suis vannée. Me vient à l'esprit l'idée qu'un jour, peut-être, je prendrai un diner similaire avec mon mari. Et puis à la radio, Classic 21, une radio belge qui ne passe que des vieilles choses, voilà Bruce Springsteen qui débarque avec The river. L'air ou bien l'accent et quelques bribes des paroles mélangés à la sauce tomate me ramènent au premier repas que j'avais pris aux Etats-Unis, en 2001, à mon arrivée à Las Vegas, par un soir de janvier. Il avait plu. L'amie, enfin la correspondante que je rencontrais tout juste pour la première fois et qui allait m’héberger pendant 2 mois m'avait fait des spaghettis sauce tomate, une sauce maison bien généreuse, avec olives et tout et tout. On avait mangé dans des choses qui ressemblaient plus à de grands bols qu'à des assiettes, puis on était parti pour Kanab, Utah, en pleine nuit. J'avais pu regarder la lune se lever au-dessus de la silhouette noire des montagnes du Nevada. Le chauffage de la voiture me brulait les pieds, on avait peur que j'ai froid. Puis il s'était mis à pleuvoir. On s'était arrêté dans un motel à Saint-Georges, les essuie-glaces de la voiture ne marchaient plus. Mon amie ne m'avait avoué que plus tard qu'elle n'y voyait quasiment rien, la nuit. Le lendemain, arrivées chez elle à Kanab, tout au bout de Navajo Drive, on était descendu se promener jusqu'à l'Arbre Mère, comme l'appelait les Natifs du coin, m'avait-elle expliqué, dans le canyon que surplombait son mobil home, sur un bout de terrain qui lui appartenait. Je l'avais sagement suivie tout du long à travers les broussailles, les herbes à lapin, la sauge, les arbres, les arbustes, les sables légèrement mouvants laissés par la rivière parfois envahissante, jusqu'au vieux pin moribond. Là, au pied de l'arbre, j'avais trouvé un cristal de sélénite. Il n'était pas sur l'arbre, alors j'étais autorisée à le prendre: "a gift from the mother tree". Un losange translucide quasi parfait. Il est toujours posé sur ma stéréo, chez ma mère.
Ca m'a fait penser à tout ça, The river.


Je me connais, je pourrais en rajouter des tonnes, faire un roman de la pièce où je me trouve.
Le jeudi, lendemain de mon arrivée, visite à l'un des oncles, une autre tante. On en vient à parler des nouveaux passeports biométriques. Les photographes deviennent fous. Si un bébé a la bouche un tant soit peu ouverte sur la photo d'identité, il faut la refaire. Pour les adultes, il faut avoir les cheveux en arrière, ne pas sourire, ne pas être maquillé ni bronzé. Bien sûr, on ne loupe pas une remarque du type "Et alors, et les femmes voilées? Avec la burqa, elles font comment?".
Ah, on y pense tant à ce voile.
"Jadis" aussi, l'immigré rêvait de devenir français mais les pères de famille interdisaient à leurs enfants de parler leur langue d'origine dans la rue, parfois même à la maison. Du moins, c’est ce que j’ai dû lire ou entendre quelque part : qu’il fallait devenir français à la sueur de son front, gagner sa nationalité française en se coulant dans le moule français. Maintenant, non. On peut s'en passer, toucher les allocs et l’aide au logement alors qu’on sait à peine dire « Bonjour », alors pourquoi se fatiguer? Tout le monde ne veut plus qu'une chose: profiter, toujours plus de tout ce que la société moderne peut offrir, toujours plus de droits, d'avantages sociaux, de loisirs, de congés payés, toujours plus de primes, d'aide, de frigos de plus en plus grands, etcetera, blablabla. Nous sommes tous égaux, c'est bien vrai. Les immigrés sont comme nous : des veaux arrogants et gourmands, voilà.
A la radio, un jeu dont l'un des prix est une télé à écran géant. Une femme appelle. Bon, oui, elle en a déjà une mais elle adorerait en avoir une deuxième. C'est possible alors pourquoi pas?


Alors que l'ascétisme, je vous le dis, c'est vraiment bien. C'est un mode de vie très économique. On s'efforce de ne pas trop manger, à force l'estomac devient plus petit donc on mange moins sans même plus avoir à y penser, on boit peu alors on tient mal l'alcool : ça aide à se limiter encore d'avantage, les gens qui nous invitent au resto sont contents qu'on leur coûte si peu cher, on est capable de se laver à l'eau froide et même de se passer de douche pendant plusieurs jours, ça fait faire des économies d'énergie, l'abstinence permet de se simplifier vachement la vie : on fait encore plus d'économies, en émotions et en nerfs autant qu'en essence, à ne pas courir partout après les "aventures", on peut passer d'avantage de temps à lire, c'est magnifique.
Oui, parce que, en fait, bon, voilà, la solitude, par le célibat, cela fait plus de 6 mois que je l'ai retrouvée et, bon, il y a bien un peu de frustration, bon, oui, mais en fait, d’une façon ou d’une autre, de la frustration il y en a tout le temps, et la solitude, tout bien pesé, j'adore ça. Tout le monde a l'habitude de toujours s'apitoyer sur les gens seuls quand, moi, depuis que je suis toute môme, c'est toujours ce que j'ai préféré, rester toute seule dans mon coin. Ce serait complètement hypocrite de me lamenter éternellement sur l'air du "Ah! Que je souffre! Que je suis seule! Ô malheur! Personne ne veut de moi, ah! Ouille! Ô sinistre destin! Mais que je souffre donc! Ô monde cruel!".
En fait, je ricane, toute seule dans mon coin, ravie.

Givet, samedi matin, suite :
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On ne comprend pas toujours tout
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Fabrique de sopalin, fermée
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"C'était presque la guerre, ils ont déversé des collorants dans la Houille..."
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"Ce n'est qu'un début"
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"La porte du charbon", ancienne porte de la ville
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Un énième bistrot à l'abandon
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1 - Fenêtre
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2 - Porte
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3 - Grille, "Passez en mode positif!"
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Plein de jolies maisons à vendre
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On ne fait pas d'omelettes sans...
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Il faut cultiver son jardin

18.07.2009

Les écorchés

14.07.2009

Livre de plage

"La beauté sera convulsive ou ne sera pas" (André Breton, Nadja).
Certes.
Cependant, j'affirme qu'un paysage sage aux courbes doucement bucoliques, mettons de type anglais, tout en rondes collines modestement boisées aux pieds chatouillés de gentils petits ruisseaux, un paysage verdoyant vivement sous un soleil de printemps, tout tendrement caressé par une bise molle qui agite à peine le brin d'herbe au bord du chemin de terre que vous foulez l'âme en paix, un tel paysage n'en restera pas moins d'une beauté saisissante après une telle assertion.
Parfois, un orage viendra l'inquiéter, un peu, ce paysage, il en deviendra peut-être terrible, parfaitement dramatique, il n'en sera rendu, mettons, que plus parfait. Ma foi, pourquoi pas la perfection à graduation? De parfait à très parfait? Le Beau et la marge de nos subjectivités, de nos humeurs...
Ceci dit et encore ceci : "Que la grande inconscience vive et sonore qui m'inspire mes seuls actes probants dispose à tout jamais de tout ce qui est moi" (id.), tout ceci dit et si bien dit, et bien la rencontre de Breton et Nadja me laisse pantoise. Allons! Ainsi, à cette époque - 1926, on pouvait aborder des inconnus dans la rue, sur la foi d'un regard croisé et saisi, et hop! On se parlait? Si facilement? On se lançait ainsi, on osait se lancer ainsi si violemment, avec tant de hardiesse dans une telle aventure, la rencontre? Ah! L'on savait donc l'intrépidité!
"Tout à coup, alors qu'elle est peut-être encore à dix pas de moi, venant en sens inverse, je vois une jeune femme très pauvrement vêtue, qui, elle aussi, me voit ou m'a vu. (...) Je n'avais jamais vu de tels yeux. Sans hésitation j'adresse la parole à l'inconnue, tout en m'attendant, j'en conviens du reste, au pire. Elle sourit, mais très mystérieusement, et, dirai-je, comme en connaissance de cause, bien qu'alors je n'en puisse rien croire." (id.)
Aujourd'hui, il n'y a plus que les pires dragueurs en jogging pour se permettre, pour s'entêter dans ce genre d'effronterie, du moins c'est ce que tous les poètes doivent se dire (en me voyant).
Dommage que Breton ne raconte pas quels furent ses premiers mots à l'inconnue. C'est fort regrettable, un manuel si peu détaillé.
Enfin voilà, le surréalisme, alibi du dragueur convulsif.



13.07.2009

Orage

Il fait un temps affreux, lourd, comme gras. Les jambes flageolent quand on se lève. Le sang bat mou aux tempes. La pression est à son plus bas. Les nuages s'amoncellent comme dans un coin, un tourbillon se forme lentement, très lentement. On en voit le coeur, plus sombre, à quelques kilomètres seulement, au nord-ouest. Cela va tonner et luire bientôt dans le couchant, comme rarement. De la tour, cela ne fera pas grand chose, ce grand vent. Elle est trop bien plantée et lisse. Mais, en bas, des toits, tout autour dans la cité, vont voler. Des fenêtres éclateront, des arbres tomberont, ce sera encore tout un chambardement.
D'ailleurs le vent fraîchit et forcit déjà, par petits coups. Oh, il a l'air encore bien gentil et innocent. On le sent, comme un ennemi sournois qui approche sous sa toison de petit mouton.
C'est toute une cacophonie là-bas en bas, les ruelles se remplissent, s'engorgent, les charrettes bêlent, les cocher couinent. Ils voudraient se hâter, des chevaux ruent et piaffent, du feu en sortirait presque de leurs nasaux. Cela s'emboutit, tout en travers. Cela se presse. Bientôt le ciel va s'ouvrir et il pourrait bien y avoir des noyés. On les verra flotter demain, le ventre gonflé en l'air, dans le canal enflé. Ah, ce sera bien beau. Il faudra nettoyer. Encore bien des désagréments pour les éboueurs.
La poussière se lève encore un peu, c'est que le temps fut bien sec ces jours.
Ah, cela va tonner!
J'en vomirais presque, ou je vais m'évanouir. Il ne faut pas que je me lève trop.
Je contemple tout cela en sirotant un verre de limonade bien fraîche, mes dents grincent, et mon sourire... Ah, j'en ai presque honte. Je trépigne que de voir cela arriver. Le vent jubilatoire. L'excitation des éclairs et le tonnerre, plus fort que tout, qui vous enveloppe, vous tord et vous prend la gorge et mord, et se repaît des murs même.
Cela vous secoue comme le fermier le pommier au moment de la récolte. "Allez, branle donc! En pluie, tes pommes, lâche-les donc!"
Voilà ce que cela vous fait.
On veut rester sage et pénitent, oh oui, couard. Comme les autres, oui oui, nous aussi on a peur, on se terre, oui oui. Mais en vérité non. On jubile bien. On en veut plus, des morts, des tourments, de la tôle qui vole, du boucan à en saigner des tympans.
Et que cela ne s'arrête que très peu, le temps de reprendre un peu son souffle, de se tâter un peu, oui, on est encore vivant, on peut y goûter encore, oui cela va durer et secouer encore.
Ah! La jubilation!

Photos de vacances

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L'Oisellerie du Pont Neuf, 11 juillet

L'appel de la terre

http://www.youtube.com/watch?v=E5eXntcH3ZE

9 mai,

Marche dans la ville, un samedi, de bon matin, les rues sont encore assez désertes, c'est l'heure des balayeurs, les citadins sont encore endormis, on peut s'amuser à imaginer la ville abandonnée après quelques catastrophes.
Par exemple l'effondrement des systèmes d'aides diverses et variées telles que RSA, allocations familiales, aides au logement. Chômage généralisé. Plus personne pour payer l'électricité des feux de circulation et le nettoyage des trottoirs. Plus de minimum vieillesse, plus de tarifs réduits pour les transports en communs, plus de transports en communs, les fontaines à sec, les retraites impayées, impayables, les caisses vides.
Des vieux cultiveraient des légumes dans les friches, les friches transformées en potagers par les ultimes résistants, les plus accrochés à leur terre, à leur ville.
Ceux qui crachent à longueur de journée sur le seuil de leur HLM, resteraient-ils? Une fois qu'une télévision fauchée chez un vieux, chez un bobo ne vaudrait plus qu'une botte de poireaux, et encore : que faire d'une télévision sans électricité, sans chaînes à regarder?
Ces gens qui maculent de leur salive les trottoirs de leur cité, de leurs quartiers si chauds et bigarrés, resteraient-ils pour cultiver un jardin? Pour labourer un champ? Ramasser des pommes et n'avoir que ça, des pommes, pour tout salaire? Et si nous devions aller aussi loin qu'au retour aux sabots? Une fois toutes leurs Nike trouées, s'y mettraient-ils?
Moi, j'irais nus pieds par les chemins en été. Pour l'hiver, je me bricolerais quelque chose avec de l'écorce, de la laine, de la peau de bête. J'apprendrais à chasser.
Il faudrait s'y préparer, s'en aller dans le Jura, élever des chèvres, apprendre à fabriquer du fromage, à tuer le cochon, à saler les jambons, à tirer à l'arc pour se défendre des brigands et cueillir les lièvres.
Il faudrait se constituer en clan.
En ville, couperions-nous les arbres, arracherions-nous les boiseries des hôtels anciens pour en faire du bois de chauffe? On rechercherait à squatter les vieilles demeures équipées de cheminées... On est en train de toutes les raser...
Les villes seraient-elles laissées à l'abandon?
Les renards viennent déjà y rôder...
Que deviendraient-ils, tous ces gens des citées?
Je m'efforce de m'imaginer en oeil compatissant, les observant alors qu'ils y songent, à la disparition du RSA... Comme à l'extinction de l'ours des Pyrénées? Y songent-ils? Sont-ils inquiets? Que leur servirait de tout casser s'il n'y avait plus personne à détrousser, plus d'état à raquetter?
Que deviendraient-ils? S'en retourneraient-ils au pays de leurs ancêtres? Deviendraient-ils les nouveaux paysans du cru?
Considèrent-ils cette terre comme suffisamment la leur pour la cultiver? Des sociologues étudient-ils la question?
Des hirondelles virevoltent, elles sont ici chez elle comme là-bas.
Elles chient sur nos toits, ici comme là-bas. Leurs flux migratoires...
Combien d'immigrés cultivateurs? Combien d'immigrés rockeurs? Des chiffres à mettre en parallèle?
Que font les statisticiens?


"En 2007, les immigrés, comme le reste de la population, travaillent de moins en moins dans l’industrie et de plus en plus dans les services. En fait, sur les 2,1 millions en activité, plus des trois quarts d’entre eux, exercent une activité dans le tertiaire.
Selon une étude d’octobre 2008 de l’Insee portant sur l’activité des immigrés, seuls 5 % des immigrés en activité, toutes origines confondues, travaillent dans le secteur agricole. Ils seraient environ cent milles à temps partiel ou à temps plein. Ils font partie des 62 % d’immigrés ayant un poste d’ouvrier, souvent non qualifié (43 % d’entre eux).
Seul un pour cent des immigrés en activité, c’est à dire environ 2.000, sont agriculteurs. Ils sont originaires à part égale d’Espagne ou d’Italie mais aussi des autres pays d’Europe des Quinze. Il s’agit par exemple de Néerlandais ou de britanniques venus s’installer en France, pays très attractif au regard du prix du foncier et de la rareté des terres disponibles en Europe du Nord.
L’Insee ne dénombre pas en France d’exploitants originaires d’Afrique, de Turquie, d’Asie ou du Maghreb alors que l’agriculture occupe une part importante de la population active. En d’autres termes, les paysans de ces pays n’abandonnent pas leurs exploitations pour s’installer en France mais pour fuir la misère!"
Frédéric Hénin - Terre-net Média


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Seynod, parking du centre commercial, 24 juin 2009

12.07.2009

Un dimanche



Il m'arrive d'avoir des absences. Ce doit être la fatigue. Surtout lors de déplacements : je regarde un paysage familier défiler par la fenêtre du train ou bien mes yeux tombent sur un sol que je n'avais encore jamais foulé et soudain je ne sais plus où je suis. Pendant une ou deux secondes je m'interroge, un grand sentiment de liberté me prend, et pas seulement la peur, je me sens égarée autant que chez moi, je ne sais plus ni où ni qui je suis ni ce que je suis venue faire là. Je vois le paysage et je me dis "cela pourrait être n'importe où, je pourrais être n'importe qui".
C'est troublant, déséquilibrant. Une grande porte s'ouvre soudain et un paysage inconnu apparait. Et il n'y a pas d'obstacle, pas de clef, pas de serrure, comme si l'estomac diparaissait et avec lui la faim et la nécessité de se nourir. On peut ne plus penser à quoi que ce soit, ne plus réfléchir, ne plus se souvenir. Il n'y a plus à dire bonjour, on ne se souvient plus de personne. On s'est effacé. On se contente de sourire aux atmosphères chaleureuses ou de se reserrer dans le froid.
C'est un grand vide, un grand calme, du silence pur. Il n'y a pas vraiment de joie mais peut-être une gaité, comme un chant de mésange au printemps, rien de très conséquent mais cela persiste et revient. Un petit ruisseau murmure, et non, il ne dit vraiment rien de spécial, il coule, s'écoule et pourtant ne se vide pas.
Je pourrais en pleurer d'accablement autant que de soulagement.

Et il se trouve que je me déplace souvent. C'est peut-être cela aussi, il n'y a plus de sol qui me soit tout à fait propre. Je partage celui-ci et celui-là, je reste un temps ici, un temps là, un peu tel le balancier de l'horloge. Je ne songe plus trop à me laisser attraper. Cela ne servirait qu'à retarder tout le monde. Pourtant, rester est doux, ne plus bouger conserve un charme infini, je voudrais pouvoir passer deux mois d'affilé à lire dans le jardin de ma mère, ou bien sans sortir de mon appartement annécien ou bien à papoter avec ma colocataire à Grenoble. Mais non. Il y a le père à voir, il y a la soeur qui va accoucher, il y a... Bien des choses... Qui m'échappent. Parfois, voilà, je peine à me souvenir pourquoi je dois repartir. Des choses sont programmées de longues dates, des imprévus surgissent et empêchent certaines de se faire, il faut repousser par ci, avancer par là... Et s'efforcer de s'y retrouver. C'est une traversée sur une passerelle de fortune, toute bringuebalante, jetée entre deux navires qui filent, filent...

Je m'efforce de boire du café, comme pour me racrocher aux murs de toutes mes griffes, qu'ils arrêtent un peu de défiler. Mais le son de la musique semble plus solide que les cloisons autour de moi.
Me consummerais-je pour de bon à la flamme du rock?
Il n'y aurait alors pas trop à s'en faire.
Certains m'ont regardée non sans un certain air de reproche, à mon aveux que je ne vais plus guère aux concerts. Ils ont de quoi voir là comme une traitrise à la cause. J'aurais lâché l'affaire. Il m'arrive même de ne pas écouter de musique du tout, chez moi, non, je lis. Ou bien non, je me repose les tympans. C'est qu'on ne peux ingurgiter du son en continue. Non. Et parfois il faut se laisser de la place à soi, à son silence. Tenter de s'entendre, lorsqu'il y a tant de mouvement autour, cela demande un peu de concentration, et puis quand on ne se sent ni sautillant ni sombre ni rien, quand on se reconnaît dans le silence, voilà qu'il peut nous entourer sans angoisse, on n'y pense même plus, à vrai dire.
Quoi que cela pourrait être ceci ou cela ou encore autre chose, autrement, je ne sais plus trop...

Puis, entre deux tranches de petit nègre grandiloquent, je fais du ménage.
Tout va bien.
Chez ma soeur, à Paris, aspirateur, éponge nettoient comme partout ailleurs.
La poussière, ici comme ailleurs, quoi que peut-être un peu plus noire.
Très tentée de ne plus levée le moindre petit doigt pour aller vers qui que se soit, en dehors de quelques indispensables, la famille, le travail, un ou deux voisins, essentiellement.
Un sourire me vient à l'idée du calme et de l'espace que cela fait.

11.07.2009

Some roots




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