25.10.2009
Sang, temps, dents...
Nous ne tuons pas les bêtes avec des armes, des outils. Nous les tuons avec nos mains, de nos dents. Car nous voulons les manger. Nous les tuons avec notre bouche, de notre faim. Nous les attrapons dans le noir et les portons à nos lèvres, d'où le sang coule. Bêtes juteuses. Les armes, les outils ne sont que des prothèses que nous ne nous attachons qu'un instant, car elles portent la saleté, le sang séché dont nous ne voulons pas, les lambeaux de peaux, les substances louches dont nous ne voulons pas en nous, sur nous. La prothèse ultime étant la barquette en plastique du supermarché. Bien propre, blanche, elle luit sous les néons, aseptisée.
La viande est bonne pour la santé. Tuer est bon pour la santé. Cela fait tourner la roue de la Vie. Il faut bien huiler les roues de cet engrenage.
Le vampire peut saisir un rat et le décapiter de ses dents, recracher la tête plus loin comme un gros pépin de raisin et boire le reste. Les pavés n'en résonneront pas moins de ses pas et sa canne au pommeau d'argent, à tête de lion peut-être, n'en brillera pas moins sous la Lune. Bourbon Street s'engorgera de jazz et de décolletés plongeant. Le fleuve coulera et se déversera dans un autre océan. Les tables resteront bien droites et immobiles.
Je m'amollirai, doucement. Déjà, mes mains se rident, surtout quand je n'y prends garde, dans le froid. L'âge avance, tel un glacier. L'heure sonne, poivre dans le nez.
Je peux me caresser du bout du doigt, la chaire molle et rouge du bout du doigt. Là-dessous, là-dedans le sang palpite, plie, court, sinueux, cours de fleuves et de ruisseaux, l'utérus en marais salant? En rizière? Récolte fière.
Mais le soleil se couche sur des blés sauvages que personne ne vient récolter. Par en-dessous, les mulots creusent et ravinent. L'âge avance, tel un glacier aux veines bleues.
Alors, à nouveau, je regarde ma main. Elle porte encore la couleur du soleil de l'été passé, elle vole et se pose adroitement sur la page, la caresse doucement, y trace quelques entrelacs. Elle se contemple. Le cahier pour toute compagnie, dans le ronron de la chaudière.
Des feuilles mortes flottent dans les airs, comme ce mardi soir où de petites mortes dansaient cours Berriat, dans le vent tiède d'une averse approchante, un tourbillon derrière mes pas.
Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'avec du papier et un crayon.
Et un ordinateur.
Autres outils...
Dimanche 25 octobre 2009, 8h.
En guise de notes:
Entretien avec un vampire, c'est toujours aussi bon.
Le prologue d'Ainsi parlait Zarathoustra lu par Michael Lonsdale, c'est vraiment très cool.
La nouvelle note des Délices de l'Age de Fer se lit vraiment bien.
10:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : zarathoustra, vampire, anne rice, chasse